Emprise / perversion narcissique · Gaslighting / déformation de la réalité · 3 min de lecture

Je croyais que le problème venait de moi, jusqu’à ce que mon corps me dise le contraire

Pendant des années, j’ai cru être le problème. Il disait que mes amis étaient jaloux, que mon anxiété était anormale et que j’étais folle. Une crise le jour de mon anniversaire a fait tomber le mensonge.

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Dans ce récitRessentis évoqués : Dans le douteÀ boutJe me reconstruis

Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.

Type de dynamique racontéeEmprise / perversion narcissiqueRepère de lecture · pas un diagnostic

J’ai passé neuf ans dans une première relation que je croyais normale, avant de comprendre que je m’y effaçais. Quand je suis partie, j’avais perdu mes repères. Durant des mois, j’ai cru le récit de mon second partenaire : j’étais instable, mes amis étaient jaloux et mes réactions toujours excessives.

Cette seconde relation a commencé quelques mois après la séparation. Marquée par un abandon vécu plus jeune, j’ai vu en lui la réponse à une histoire inachevée. Pourtant, la relation était déjà déséquilibrée. Malgré ma réussite professionnelle, je me suis suradaptée pour être aimée : j’ai réglé ses problèmes d’argent, cherché des emplois pour lui et apaisé ses tempêtes, comme une mère persuadée que ses efforts finiraient par arrêter le chaos.

J’ai passé des années à essayer de le réparer pendant que je me brisais. Mon corps a fini par crier ce que mon esprit n’osait pas admettre : le problème ne venait pas de moi.

Mais le chaos ne s’est pas arrêté. Il s’est aggravé.

En Thaïlande, il m’a isolée et a fait de moi son unique interlocutrice. Mes amis étaient, selon lui, toxiques et jaloux. Il m’encourageait à les voir avant de les dénigrer, puis me traitait de paranoïaque. Il exigeait que je maîtrise mes émotions, dévalorisait ma thérapie et voulait faire passer ma détresse pour un défaut psychiatrique.

J’ai commencé à le croire. Désorientée et épuisée, je ne sortais plus et dormais le jour pour faire passer le temps. L’angoisse est devenue physique : problèmes de peau, tachycardie au réveil. Mon corps criait ce que mon esprit tentait encore de faire taire.

Le jour de mon anniversaire, une crise d’angoisse m’a submergée en pleine rue. Dissociée et seule, je lui ai envoyé un SOS en le qualifiant de poison. Il n’a pas pris soin de moi ; il a repris le contrôle, puis est revenu avec de longues excuses, des poèmes et des dessins. Au fond, je savais que cette alternance de violence et d’affection n’était pas de l’amour.

Je conservais dans un dossier privé uniquement ses messages positifs, à la recherche d’une preuve qu’il était bon. Mais j’ai aussi commencé à noter les contradictions : il niait ses propres paroles, approuvait ma pole dance le lundi et la critiquait le jeudi. Sa réalité changeait selon ses besoins, et je portais seule le poids de ces incohérences.

Avec la thérapeute Stéphanie Solina, j’ai compris que ma suradaptation était une stratégie de survie, pas un défaut. Je cherchais la sécurité auprès de lui alors qu’il me fallait la construire en moi. Ce n’était pas mon incapacité à être reconnue qui posait problème, mais son refus de me reconnaître.

Je n’ai pas répondu pendant un mois. Mon message suivant n’était pas une réconciliation, mais une limite. Son retour était une nouvelle tentative pour me maintenir petite dans son orbite. J’ai cessé de vouloir le réparer et de vouloir achever cette vieille histoire.

Partir n’a pas été un geste héroïque, mais une reconstruction. D’abord triste et sans repères, j’ai renoué avec mes amis et constaté que je me sentais plus légère sans lui. J’ai réappris à écouter mon corps. S’aimer n’est pas une idée abstraite : c’est pouvoir s’appuyer sur son partenaire au lieu de le porter.

En 2025, j’ai des critères : un partenaire stable, organisé et ayant travaillé sur ses traumatismes. Je veux de l’équité, pas une relation mère-enfant, et une confiance donnée sans contrôle. Il reste de vieilles blessures à arracher comme des pissenlits, mais je connais désormais ma valeur et je sais que je ne suis pas le problème.

Je conseille de parler à ses proches et de prendre de la distance. N’essayez pas de résoudre seul ce qui vous détruit. Il faut traverser la douleur plutôt que la fuir. Cette relation m’a appris quelque chose, mais elle n’est pas toute mon histoire. Je reprends mon pouvoir, une limite après l’autre.

Un mot de l’équipe

Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.