Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.
À 50 ans, je vivais seule et cherchais un nouvel emploi après un poste de responsable régionale devenu insoutenable. Une amie m’a mise en relation avec un homme susceptible de m’aider professionnellement. Un simple appel s’est transformé en une conversation si fluide que nous avons décidé de dîner ensemble.
Il était beau, charismatique et semblait me correspondre parfaitement. Tout ce que j’aimais, il l’aimait aussi : la randonnée, le vert, mes centres d’intérêt. Après des années de solitude, j’ai cru rencontrer mon âme sœur. Nous sommes allés très vite et je n’ai pas questionné cette intensité.
J’ai compris que je n’étais pas brisée : il ne faisait que traverser ma vie, et je devais fuir avant que la situation empire.
Après trois ou quatre mois, j’ai découvert qu’il fréquentait une autre femme, et qu’il y en avait eu d’autres. Il l’a admis sans honte. Pendant un an, il disparaissait puis revenait me charmer. Enfin, il a affirmé m’avoir choisie, promis de couper les autres liens et m’a demandé de vivre avec lui.
Je désirais une vie stable. J’ai négocié mon départ de l’entreprise et l’ai suivi dans l’ouest de la France, près de la mer, loin de mes proches. Je croyais bâtir un avenir ; j’étais entrée dans un piège.
Il m’a interdit la salle de sport, dénigré mes amies et tenté de m’éloigner de mes filles, qu’il appelait « ma bande ». Sans réseau ni famille dans la région, je me suis retrouvée seule dans une maison inconnue.
Si je ne répondais pas avant la troisième sonnerie, j’étais coupable. Pour éviter sa colère, j’ai commencé à inventer des excuses. Je vivais sur des œufs, anticipant chaque humeur. Épuisée et humiliée, je touchais le fond ; seules mes filles voyaient que quelque chose n’allait pas.
Après une dispute interminable au téléphone, une émission a provoqué le déclic. Cinq femmes parlaient de perversion narcissique : l’une me décrivait, une autre le décrivait lui. Pour la première fois, j’ai compris que je n’étais pas défaillante, mais prise dans une dynamique toxique.
Ne sachant pas partir, j’ai appelé le 3919. Une conseillère m’a écoutée plus d’une heure et m’a dit que je n’étais pas fautive. Son conseil était clair : fuir, car la situation empirerait.
Lors de la dernière dispute, j’ai annoncé la rupture et appelé mes filles. Mes seuls contacts locaux étaient nos propriétaires ; je leur ai expliqué que j’étais seule et sans endroit où mettre mes affaires. Ils sont venus et m’ont aidée. Dans cette région, ils ont été mon secours.
La reconstruction a pris deux ans. J’ai beaucoup lu pour comprendre l’emprise narcissique. Les cicatrices existent encore, mais je reconnais désormais les signaux. Le mimétisme n’était pas de l’amour, mais un outil de contrôle. Je suis redevenue moi-même, avec une vigilance qui me protège.
Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.