Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.
J’ai eu un mauvais pressentiment dès notre rencontre en octobre 2007. Informaticien célibataire de 29 ans, j’ai pourtant emménagé un mois plus tard à Paris avec cette femme de 36 ans, mère de jumeaux.
En quatre mois, elle a confisqué mes papiers et moyens de paiement, détruit mon téléphone, caché mon portefeuille et pris le contrôle de ma carte bancaire et de mon ordinateur. Je me sentais piégé mais parlais encore d’une mauvaise passe.
J’ai perdu trente kilos et mon visage auprès d’une femme qui avait transformé mon appartement en prison et pris mon identité en otage.
La veille de Noël, elle m’a frappé au visage jusqu’au sang devant une voisine. La police est venue sans approfondir. Blessé, confus et terrifié, je ne savais pas encore expliquer ce qui m’arrivait.
Elle a fait de moi un domestique, m’obligeant à dormir au sol sans couverture et m’enfermant dans un débarras. Elle menaçait de m’accuser de maltraitance d’enfants. La honte et mes principes étaient devenus ses armes.
Elle m’a forcé à avaler du liquide vaisselle et des éponges, brûlé l’avant-bras avec un couteau chauffé et obligé à assister à ses rapports sexuels. En esclavage domestique, j’ai perdu 30 kilos et subi huit opérations de reconstruction du visage. Le suicide me semblait la seule issue.
Le 1er mars 2009, les enfants ont alerté leur oncle, qui a prévenu mes parents. Ma famille est venue le lendemain. Mon oncle a photographié mon état avant la police, puis j’ai été hospitalisé et elle arrêtée.
Elle a reçu deux ans de prison ferme et trois avec sursis, et doit plus de 200 000 euros. Pourtant elle est libre, tandis que mes blessures m’ont coûté mon emploi et laissé des cicatrices visibles et invisibles.
J’ai raconté mon expérience dans « Ma compagne, mon bourreau, violence conjugale ». Je ne crains plus de la rencontrer et veux donner de l’espoir aux familles. Beaucoup d’hommes ne signalent pas les violences, mais la reconstruction est possible.
Je ne comprends pas encore toute sa psychologie et ma mémoire brouille la durée exacte. Je sais seulement que j’étais captif et brisé. Aujourd’hui, je me reconstruis : le passé est derrière et l’avenir devant.
Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.