Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.
J’avais 19 ans lorsque je l’ai rencontré sur une application. Étudiante en master d’intervention sociale, effacée depuis le divorce de mes parents durant mon enfance, j’avais besoin que quelqu’un confirme mon existence. Il semblait être la réponse.
Nous avons emménagé à Villejuif avec ma sœur. Après six mois heureux, il a critiqué mes cheveux, mon poids et mes vêtements. J’ai cessé de m’attacher les cheveux et de m’habiller comme je voulais, tout en minimisant ces choix imposés.
J’étudiais les violences faites aux femmes sans voir celles de ma propre vie, jusqu’à ce que les coups deviennent hebdomadaires.
Je connaissais en théorie les mécanismes des violences. Pourtant, après la première gifle, ses pleurs et sa promesse m’ont convaincue que cela ne recommencerait pas.
En trois ans et demi, les coups sont passés d’une fois tous les quelques mois à chaque semaine. Après m’avoir frappée, il jouait à la PlayStation comme si de rien n’était. Je pensais qu’en étant plus mince, mieux habillée ou plus discrète, j’éviterais la violence.
J’ai coupé mes amis pour cacher la situation et n’osais pas parler à ma mère, dont je craignais la déception. Je gardais le secret tout en étudiant précisément ces violences.
La prise de conscience fut lente : je ne dormais plus, craignais chaque mot, ne pouvais sortir après 22 heures et étais accusée de séduire mes collègues. Les menaces de mort avaient transformé ma vie en cage.
Pendant trois ans et demi, je croyais avoir besoin de lui pour exister. Puis la peur et les coups sont devenus trop forts : je ne vivais plus seulement dans la peur, mais dans un mensonge.
En juillet 2025, à 3 heures du matin, une nouvelle menace m’a poussée dehors. Mon amie Sarah m’a accueillie. J’avais peur qu’il me suive, mais savais devoir partir.
Nous sommes restés en contact quelques semaines. Fleurs, lettres, photos, excuses et défense de sa mère tentaient de me ramener. Depuis mes vacances, j’ai envoyé un dernier message et fermé la porte.
À 24 ans, enseignante et diplômée, j’apprends encore à exister seule, à me pardonner et à me faire confiance.
J’aurais voulu savoir que la première gifle devait être la fin et que je n’avais pas besoin de lui pour être réelle. Je ne suis pas le problème : je suis la survivante.
Au premier signe de violence, partez. N’attendez pas une amélioration et n’essayez pas de réparer l’auteur. Vous pouvez partir, guérir et exister.
J’apprends encore à m’aimer et à me faire confiance. Mais je suis ici, vivante, et j’existe.
Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.