Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.
Il n’était pas charismatique, mais discret, serviable et drôle. Il paraissait intelligent et généreux. Les cadeaux arrivaient en public ; la cruauté, elle, restait derrière les portes closes. Seules ses moqueries étaient volontiers publiques.
Il se moquait sans cesse de ma façon de parler parce que je maîtrise trois langues. Une erreur de genre ou de mot devenait un moyen de me rabaisser. Il m’obligeait à vérifier mes connaissances sur Internet, doutait de mes compétences puis m’humiliait de ne pas tout savoir.
Pendant des années, je lui ai donné raison pour que la souffrance cesse. Puis j’ai compris qu’il retournait mon cerveau et que le problème ne venait pas de moi.
Il tirait sur mes hauts pour cacher mes hanches et exigeait que je lui tienne toujours la main. Je ne pouvais montrer d’affection à personne d’autre, ni appeler mon fils « mon bébé » ou « mon petit ». Dès qu’il a emménagé et que nous avons signé un bail, ces règles sont devenues absolues.
J’ai cessé de voir les autres. Il m’accusait de liaisons avec mon patron et avec un ami d’enfance que je connaissais depuis près de quarante-cinq ans. Il venait « m’aider » au travail et me surveillait. Un jour, un collègue m’a demandé si j’étais battue. J’ai répondu que non, mais que c’était pire.
L’isolement était total et nos familles ne se sont jamais rencontrées. Toutes les heures, il demandait si je l’aimais. Je ne pouvais pas utiliser son prénom et devais dire « mon amour » ou « mon chéri ». Au moindre refus, tout devenait ma faute. Je n’étais plus qu’un réceptacle pour ses besoins.
Il répétait que j’étais folle, bipolaire et responsable de tout. J’ai fini par lui donner raison uniquement pour arrêter les conflits. Mon corps est tombé malade et j’ai subi plusieurs opérations gynécologiques, urinaires et intestinales. Je mourais intérieurement.
En regardant des reportages sur les violences, j’ai entendu : « Il te retourne le cerveau. » Tout s’est éclairé. Je n’étais pas folle ; mes proches essayaient de me joindre et je les avais repoussés à cause de ses mensonges. Il ne cherchait pas l’amour, mais quelqu’un qui s’occuperait de lui à moindre coût. À la maison, j’étais la femme à tout faire.
Je vivais dans la soumission en croyant construire une famille. Dès que j’ai posé des questions, il est devenu implacable. Je suis partie non parce que je le voulais, mais pour survivre. Il fallait cesser de croire que j’étais défaillante et reconnaître que j’étais en train d’être détruite.
Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.