Contrôle coercitif · Contrôle coercitif · 2 min de lecture

Je prenais son obsession pour de l’amour

Un mariage précipité, des cadeaux après les crises et une violence croissante : elle raconte comment elle a reconnu le contrôle et préparé son départ.

AnonymePartagé avec soin · identité protégée
Dans ce récitRessentis évoqués : Dans le douteJe me reconstruis

Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.

Type de dynamique racontéeContrôle coercitifRepère de lecture · pas un diagnostic

Je prenais son obsession pour un amour protecteur. Nous avions vingt-trois ans lorsque nous nous sommes rencontrés. Deux semaines plus tard, il parlait déjà de mariage et d’enfants avec insistance. Je voyais dans cette rapidité un signe du destin.

Son charme et ses cadeaux me désarmaient. Après une dispute, il pouvait arriver avec un cheval devant la maison. Je devais alors être reconnaissante et cesser de poser des questions. Si je résistais, la gentillesse disparaissait. L’homme attentionné devenait celui qui frappait les murs et cassait les objets.

Il tenait notre fille dans ses bras lorsqu’il m’a fait tomber dans l’escalier. Cette image a changé mon regard sur notre relation.

Peu à peu, j’ai perdu confiance dans ma perception. Sa colère et sa tristesse étaient toujours présentées comme ma faute. Il minimisait mes sentiments et contestait mes souvenirs. Pour survivre à la relation, j’abandonnais mes choix et une partie de mon identité.

Après sept ans de mariage, il m’a donné des coups qui m’ont fait tomber dans l’escalier alors qu’il tenait notre fille. Il a aussi menacé de prendre l’avion avec elle pour la Floride en étant alcoolisé. Notre enfant devenait un moyen de pression. À chaque tentative de départ, de nouvelles promesses me ramenaient.

J’ai fini par regarder autrement les bons moments : ils ne faisaient pas disparaître le rapport de pouvoir. Il voulait décider pour moi. La honte d’être restée et le sentiment qu’on me reprochait de ne pas avoir compris plus tôt avaient longtemps brouillé cette réalité.

Partir a demandé du temps et des démarches judiciaires épuisantes. Son incarcération a été une étape décisive. Il multipliait les requêtes que le juge a finalement rejetées. Pendant le divorce, j’ai aussi participé au retrait des armes de la maison. J’ai ensuite témoigné publiquement, collaboré avec une ligne d’aide et créé une communauté de personnes ayant vécu un attachement traumatique.

Mon engagement porte sur la possibilité de transformer ce vécu en soutien. Avec le recul, j’aurais voulu ralentir la relation et mieux comprendre les pressions autour des enfants. Dans mon parcours, la sécurité, l’accompagnement psychologique adapté au traumatisme et le conseil juridique ont compté avant tout.

Je ressens encore les conséquences de ce que j’ai vécu. Je me demande parfois si les institutions voient la violence derrière le charme, et quelle place notre fille occupait réellement pour lui. Mes enfants restent ce que j’ai de plus précieux. Je ne confonds plus son obsession avec de l’amour.

Un mot de l’équipe

Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.