Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.
J’avais 18 ans, timide et marquée par le harcèlement lié à mon poids en Ardèche. Il m’a enfin donné l’impression d’être vue. Après une première année féerique, notre installation dans un studio à Lyon fin 2017 a transformé le rêve en cauchemar.
Il a abandonné l’école après deux mois et jouait toute la journée. Il exigeait ma position à chaque instant, m’isolait de mes camarades et prenait toutes les décisions. Être moi-même risquait de déclencher sa colère.
Je n’avais plus aucune autonomie. Je devais devenir quelqu’un d’autre pour survivre à sa colère et à la peur de ne jamais être libre.
Il frappait les cloisons jusqu’à les détruire et lançait des manettes près de ma tête ou sur la télévision. Le son des jeux est devenu terrifiant. Mon ventre se crispait au contact et je me figeais de nausée en le voyant dehors.
Chaque départ provoquait une menace de suicide. Je devais intervenir dans ses conflits avec ses parents et subir des demandes sexuelles inspirées de la pornographie. L’hypersexualité me donnait l’illusion de reprendre mon corps, tandis que ma peur du conflit me maintenait silencieuse.
Son rapport avec une autre femme m’a donné une raison de partir, même si les détails restent flous. Je l’ai provoqué en lui demandant de me frapper et ai jeté mon téléphone au sol. Je savais surtout que cette vie était devenue impossible.
En 2018, j’ai porté plainte pour violences conjugales et sexuelles auprès du parquet de Grenoble. Mon père a prévenu mon frère. J’ai gardé la plainte secrète pour ma grand-mère et le public. Un mois après mon départ, mon chat est mort.
J’ignore si la plainte a été classée ou perdue, s’il mesurait ses actes ou s’il parle encore à mon frère.
La guérison n’a pas été instantanée. Une amnésie traumatique a effacé les bons souvenirs. Dans une relation saine aujourd’hui, je travaille les mémoires corporelles avec une sophrologue, malgré l’intensité des réactions.
Les victimes ne sont pas responsables. Ma famille a fait ce qu’elle pouvait. Le plus dur est derrière moi et je peux pardonner sans oublier, tout en reconstruisant ma capacité à décider.
Je ne sais pas s’il a changé. Je sais seulement que je ne lui appartiens plus. Je ne suis plus la fille qui confondait jalousie et amour, mais la femme qui a survécu.
Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.