Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.
Je l’ai rencontré sur un site alors que j’étais encore engagée dans une relation de dix-neuf ans. Par curiosité, sans chercher l’amour, je suis entrée chez lui et j’ai ressenti un étrange déjà-vu, comme si je le connaissais depuis toujours. Nous nous sommes embrassés presque aussitôt. Il semblait combler tous les vides affectifs accumulés depuis des mois, comme un pansement.
Les premières semaines étaient parfaites : même vision, mêmes projets, impression d’avoir trouvé mon âme sœur. Deux semaines plus tard, il m’a demandée en mariage. J’ai quitté mon compagnon de longue date pour lui, puis nous avons emménagé ensemble. Le changement a été brutal.
Le manque après la rupture ressemblait à la perte d’un membre. J’ai appris que, pour survivre, il faut trouver le courage de dire stop.
Dès notre première dispute, il est devenu livide, les pupilles dilatées et la mâchoire tremblante. Ce n’était pas de la colère, mais de la rage. Paralysée, je me suis soumise. Le lendemain, il s’est excusé et m’a retenue par le chantage affectif. Puis il a humilié mes passions, mes amis et ma famille. Je marchais sur des œufs.
Mes recherches m’ont conduite à la notion de trouble narcissique. Un questionnaire sur ses comportements donnait 37 réponses positives sur 40. Son ex, qu’il m’avait cachée, a confirmé les tentatives de suicide, la manipulation et le fait d’avoir dû partir à près de mille kilomètres. Je savais, mais la dépendance affective agissait comme une drogue. Chaque départ me donnait l’impression de perdre un membre, alors je revenais.
Le cycle alternait quelques jours de douceur et de nouvelles humiliations. Diabétique, j’ai fait une hypoglycémie sévère pendant une dispute et perdu connaissance. Il m’a laissée quatre heures sur le sol, fenêtre ouverte en plein mois de février. À mon réveil, il m’a donné une cuillère de sucre et ordonné d’aller me coucher. Il connaissait le danger et n’en avait rien à faire.
Le lendemain, j’ai assuré dix heures de travail après trois heures de sommeil. Trois jours plus tard, j’ai refusé ses insultes. Il a paniqué, s’est enfui puis m’a ordonné par message de faire mes bagages et de déposer les clés. En plein confinement et sous couvre-feu, je suis partie à 17 h 50, voiture pleine jusqu’au toit, sans être contrôlée.
Après le départ, il a retardé la restitution de mes affaires et donné des dates contradictoires pour garder son pouvoir. Le manque était abyssal. Pendant un an, j’ai suivi thérapie, hypnose et soins énergétiques. Dissociée, j’avais l’impression que mon âme marchait à côté de mon corps et je pleurais au travail jusqu’à ce qu’on me renvoie chez moi.
Il m’a fallu un an et demi pour me reconstruire. J’ai coupé tout contact, bloqué ses accès et travaillé sur moi avec les chakras et les bols tibétains. Comprendre le narcissisme m’a montré que le problème ne venait pas de moi. Aujourd’hui résiliente, je veux devenir énergéticienne et aider d’autres personnes. Au premier signal de manipulation, je pose une barrière ou je pars.
Je suis descendue très bas dans la soumission, mais je n’y suis plus. Le travail accompli pour transformer cette douleur a fait de moi une version plus solide de moi-même.
Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.