Emprise / perversion narcissique · Emprise / violence narcissique · 3 min de lecture

Quatorze ans à douter de ma mémoire et de moi

Objets cachés, isolement et dettes imposées : après quatorze ans de contrôle, elle s’appuie sur un groupe de soutien pour reprendre sa vie en main.

AnonymePartagé avec soin · identité protégée
Dans ce récitRessentis évoqués : Dans le douteJe me reconstruis

Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.

Type de dynamique racontéeEmprise / perversion narcissiqueRepère de lecture · pas un diagnostic

Pendant quatorze ans, ma relation m’a progressivement convaincue que je perdais la raison. Tout avait commencé par un charme rassurant. Ce qui me réchauffait au début a fini par m’enfermer.

Il cachait des objets pendant plusieurs jours, puis feignait l’incompréhension lorsque je les cherchais. Il exigeait des tests de mémoire en évoquant la maladie d’Alzheimer, ce qui renforçait mes doutes et ma dépendance. Il utilisait aussi mon deuil de mon père pour atteindre mes points sensibles.

Il me faisait douter de ma mémoire pendant que je payais ses dettes. Le soutien d’autres personnes m’a aidée à retrouver mes repères.

Il me suivait aux rendez-vous et me poussait à le défendre contre les amis qui tentaient de m’alerter. Il rabaissait mes connaissances, m’imposait de dormir au sol et prétendait prendre soin de mon chien mourant sans répondre à sa souffrance. Je me retrouvais isolée de mes appuis.

J’ai payé plus d’un demi-million de dollars de dettes liées à ses jeux d’argent. Les demandes se succédaient, y compris auprès de créanciers et d’un établissement de soins. Il engageait aussi mes projets professionnels et mon livre dans des emprunts. Je continuais à payer en espérant qu’un jour cela s’arrêterait.

Je doutais de moi tout en sentant que quelque chose n’allait pas. J’étais partagée entre les avertissements de mes amis et ma loyauté envers lui. Les violences psychologiques me donnaient l’impression de vivre dans un monde où tout était inversé.

Un jour, je suis allée seule à un séminaire et j’ai trouvé du soutien auprès de personnes ayant vécu des violences, dans un cadre consacré à la colère. Je n’étais plus seule. Le jour où j’ai décidé de partir, j’ai cessé de payer ses dettes et de prendre en charge les conséquences de ses consommations et de ses jeux.

Il a emmené mon chien et l’a laissé sans nourriture dans le coffre d’une voiture. Il a aussi pris mes ordinateurs et mon téléphone. Après une tentative de retour au domicile et des enregistrements documentant ses actes, la police est intervenue et lui a demandé de quitter la maison. J’ai changé les serrures.

J’ai ensuite découvert mes chaussures et mes vêtements volés proposés à la vente sur Facebook. J’ai signalé la disparition de mon ordinateur à la police et sur la plateforme. Il avait également essayé de compromettre mes interventions dans les médias. La séparation n’avait pas mis immédiatement fin aux intrusions.

Cela fait maintenant trois ans que je n’ai plus de contact avec lui. Je travaille depuis chez moi, loin de mon ancien quartier, entourée d’un petit cercle fiable. Je reconstruis ma vie et mon estime de moi en essayant de regarder mes choix passés avec davantage de bienveillance.

Je ne veux plus me définir comme une personne brisée. Je parle à d’autres femmes pour qu’elles se sentent moins seules et je me concentre sur le présent. Je tiens à conserver mon empathie et ce qui fait mon identité. Retrouver ma liberté représente pour moi une victoire immense.

Je ris encore parfois pour dissimuler la douleur. Mais je ne doute plus de ce que j’ai vécu ni de ma liberté retrouvée.

Un mot de l’équipe

Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.