Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.
Pendant plusieurs mois, je me suis crue la seule personne capable de le sauver. J’ai fait plusieurs voyages pour lui rendre visite, apporté de la nourriture et écouté ses difficultés. Je voulais être une partenaire ; j’avais l’impression de devenir surtout une ressource disponible.
Il avait perdu son emploi dans une agence de création, arrivait au bout de ses allocations et traversait un conflit avec sa famille. Il évoquait aussi une maladie chronique pour expliquer ses silences et son impolitesse. Je culpabilisais de vouloir parler lorsqu’il disait aller mal.
Je voyais un homme à sauver. J’ai fini par voir combien mes propres besoins avaient disparu de la relation.
Les incohérences se sont accumulées. Son prétendu colocataire était en réalité son père, et ses explications sur la voiture changeaient. Il critiquait ma sœur, ma meilleure amie, qui s’inquiétait de cette relation. Il mêlait reproches et plaisanteries, si bien que je ne savais plus comment comprendre ses paroles.
Il me reprochait de ne pas faire assez de musique ou de ne pas avoir de diplôme, puis coupait court lorsque je jouais de la flûte ou parlais de moi. Il disait m’aimer mais refusait de venir dans mon appartement, qu’il dénigrait. Ses demandes d’attention laissaient peu de place à ma propre maladie chronique et à mes besoins.
Il a finalement reconnu une infidélité avec une femme rencontrée dans un bar, presque comme une anecdote, en se préparant pour un rendez-vous. Je ne pouvais plus attribuer tous ses problèmes à la malchance ou à la maladie. Ses choix et ses mensonges faisaient partie de la situation.
J’ai été tellement bouleversée que j’ai dû m’arrêter de travailler pendant un mois. Je cherchais des témoignages sur les violences psychologiques pour comprendre. Je me demandais encore s’il m’aimait et comment réparer la relation, alors que j’avais moi-même besoin de soutien.
Un appel de deux heures et demie, chaleureux, a été suivi le lendemain d’un échange froid et pressé. Il retirait un signe d’affection à un message au lieu d’y répondre et répétait ses dénigrements. Ces écarts m’ont aidée à voir un fonctionnement, plutôt qu’une suite d’incidents isolés.
J’ai reconnu que je le traitais comme un projet à réparer. Lui ne me faisait pas une place de partenaire. J’ai décidé de cesser de participer à cette dynamique et de revenir aux faits. Ses conflits familiaux et le deuil récent de son grand-père n’effaçaient pas ce qu’il me faisait subir.
Avec le recul, je vois combien j’avais renoncé à moi-même. Sa maladie ne pouvait pas justifier ses mensonges et ses humiliations. J’aurais aimé comprendre plus tôt que je n’en étais pas responsable. Je ne cherche plus à le réparer ; je me consacre à ma reconstruction.
Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.