Contrôle coercitif · Contrôle coercitif · 3 min de lecture

Il menaçait nos vies pour fouiller mon téléphone

Réfugiée en foyer, elle est retrouvée par son ex-mari. Menacée avec sa fille pour un téléphone, elle raconte sa fuite et les démarches qui ont suivi.

AnonymePartagé avec soin · identité protégée
Dans ce récitRessentis évoqués : Le cœur lourdJe me reconstruis

Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.

Type de dynamique racontéeContrôle coercitifRepère de lecture · pas un diagnostic

Je pensais être à l’abri dans un foyer de jeunes travailleurs. J’avais quitté notre logement et y vivais depuis un mois et demi. Je sortais seulement pour quelques courses et mes rendez-vous indispensables, avec très peu d’argent. Je ne voulais pas qu’il me retrouve.

Il croyait que j’étais retournée en Espagne, mon pays d’origine. Un soir, pourtant, il a surgi pendant que je dînais avec d’autres résidents. Un jeune homme était assis à côté de moi faute d’autre place. Comme je n’avais pas répondu à ses appels, mon téléphone étant dans ma chambre, il a aussitôt imaginé une nouvelle relation.

Il a menacé ma fille et moi avec un couteau pour obtenir mon téléphone. J’ai mesuré jusqu’où allait son besoin de contrôle.

Il m’a attrapée par le bras et traînée dehors. Notre fille d’un an et demi était avec lui, dans sa poussette. Il m’a frappée devant les autres résidents. Ils ont essayé d’intervenir et de récupérer la petite. Voyant le groupe s’approcher, il s’est enfui en emportant la poussette.

Il a traversé une route très fréquentée sans regarder. J’avais peur que notre fille soit blessée. Il s’est réfugié dans l’immeuble d’un ami, mais nous ne savions pas précisément lequel. J’ai appelé la police et ramassé son téléphone tombé au sol. Ses amis cherchaient à négocier en défendant uniquement sa version.

Le lendemain, j’ai porté plainte, sans solution immédiate. J’ai aussi engagé d’autres démarches pour récupérer ma fille. Quelques jours plus tard, il m’a proposé de venir la chercher dans notre ancien appartement. Je voulais la retrouver, tout en craignant de ne pas pouvoir ressortir.

Au quatrième étage, j’ai refusé d’entrer. Il insistait pour parler et prétendait ne pas comprendre mon départ. Il exigeait mon téléphone pour lire mes messages. Il a fait de l’entrée dans l’appartement la condition pour reprendre notre fille.

Une fois à l’intérieur, il a verrouillé la porte et gardé les clés. Il est revenu de la cuisine avec un couteau et a menacé de nous tuer, ma fille et moi, si je ne lui donnais pas mon téléphone.

J’ai été sidérée par la gravité de cette menace. J’ai refusé. Nous étions séparés et je ne lui devais pas l’accès à ma vie privée. Je lui avais déjà demandé de changer ; il répondait maintenant par la violence.

Lorsque notre fille a pleuré, je lui ai demandé d’aller la voir. J’ai récupéré un double des clés que j’avais caché dans un meuble et ouvert la porte. Il m’a poursuivie dans l’escalier, sautant par-dessus une rambarde pour me rattraper. Quand il a compris que je lui échappais, il m’a craché dessus.

J’ai couru puis rappelé la police, terrifiée pour notre fille. Les agents sont arrivés environ trente à quarante minutes plus tard. Je n’ai pas pu la reprendre immédiatement. Ils l’ont trouvée endormie dans l’appartement. De mon côté, j’ai déposé plainte pour les menaces de mort.

Deux ans plus tard, il a été condamné à six mois de prison. À sa sortie, je n’ai constaté aucun changement dans son comportement. Sa famille continuait à me demander de retirer mes plaintes. J’avais espéré une prise de conscience, mais je ne pouvais plus organiser ma sécurité autour de cet espoir.

J’ai appris à ne plus me fier uniquement aux promesses de ceux qui minimisaient sa violence. J’avais besoin que les actes et leurs conséquences soient reconnus, au lieu d’être effacés pour préserver les apparences.

Ces souvenirs restent traumatisants et ma confiance a été atteinte. Je cherche pourtant à avancer pour ma fille, pour moi et pour mon nouveau couple. Je veux reconstruire une vie quotidienne sans son contrôle. Pour moi, demander de l’aide et maintenir les démarches ont été des façons de défendre notre sécurité.

Un mot de l’équipe

Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.