Dynamique familiale toxique · Contrôle coercitif · 3 min de lecture

Au Japon, j’ai fui ses menaces et son contrôle

Isolée au Japon, une musicienne française quitte un conjoint violent avec l’aide d’une voisine et des services municipaux pour protéger sa fille.

AnonymePartagé avec soin · identité protégée
Dans ce récitRessentis évoqués : Le cœur lourdJe me reconstruis

Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.

Type de dynamique racontéeDynamique familiale toxiqueRepère de lecture · pas un diagnostic

Je pensais être une mauvaise mère. Il avait construit cette conviction petit à petit, jusqu’à ce que je ne distingue plus ses reproches de la réalité. Musicienne française installée à Kyushu, je jouais de l’alto et du ukulélé et parlais trois langues. À la maison, pourtant, je n’étais plus qu’une femme qui mangeait mal, dépensait trop et ne savait pas s’occuper de sa fille.

Nous nous étions rencontrés dans une maison de thé en 2018. Revenue au Japon après un premier séjour grâce à une bourse, je voulais y construire ma vie. Il travaillait beaucoup et rentrait ivre, mais refusait de participer aux soins de notre enfant, prétextant un manque de confiance. Il surveillait mon alimentation, exigeait des repas japonais traditionnels et me traitait d’égoïste.

Il menaçait de se suicider pour voir notre fille. Mon amour pour elle était devenu un moyen de me contrôler.

L’étouffement s’est installé progressivement. J’ai allaité exclusivement pendant six mois, puis poursuivi l’allaitement plus de trois ans. J’avais constamment faim et j’étais épuisée. Une dépression après l’accouchement a duré deux ans. Un mois après la naissance, une fracture au dos m’a laissé des douleurs chroniques qui m’empêchaient de jouer. Il utilisait cette vulnérabilité contre moi.

Il lisait mes messages privés et voulait que je cache notre fille lors des visites. Certains gestes envers elle pendant son sommeil m’alarmaient. Lorsque j’essayais de poser des limites, il retournait la situation : selon lui, j’étais une mauvaise mère et je détruisais la famille.

Aux violences psychologiques se sont ajoutés les gestes violents. Il a cassé tous les pots du jardin avec une pelle et m’a lancé un bol de riz. Ses menaces de suicide étaient particulièrement terrifiantes : il disait qu’il se tuerait si je ne le laissais pas voir notre fille. Je me sentais enfermée entre le danger de rester et la peur d’être responsable de sa mort.

Je ne savais pas comment parler. Je comprenais mal certains codes culturels et je n’avais pas d’autonomie financière. Une voisine de Fukuoka m’a aidée à reconnaître le chantage et les violences conjugales. Elle ne me jugeait pas ; elle voyait le danger.

Une amie de Fukuoka a contacté un service municipal. J’ai décidé de partir. Pour rester avec ma fille, je devais demeurer au Japon, mais quitter notre logement. J’ai laissé un message à mes proches pour expliquer mon départ et mis mes affaires à l’abri avant l’arrivée de la police.

Les policiers m’ont accompagnée hors de la maison et ont organisé mon relogement en trois jours. Pendant cinq mois, mon lieu de vie est resté protégé. J’étais en sécurité, mais encore terrifiée. Le divorce m’a permis d’obtenir la garde de ma fille et un accord financier. J’ai reçu 500 000 yens, la moitié de ses économies : peu, mais assez pour commencer.

Aujourd’hui, je cultive des légumes biologiques et je prépare un projet d’hébergement pour stabiliser mes revenus. Je veux jardiner et manger ce qui me plaît tranquillement. Je joue encore lorsque mon dos le permet. La coparentalité reste difficile : mon ex-mari essaie toujours d’utiliser notre fille, mais je ne crois plus être une mauvaise mère.

Je comprends mieux les différences culturelles et je mesure le soutien reçu des institutions. Je culpabilise moins. Ma fille associait son père à quelque chose de mignon et d’effrayant à la fois. J’espère qu’elle ne connaîtra plus cette peur et que mes projets de musique et d’hébergement nous permettront de vivre sans ses menaces.

Je considère que ma voisine m’a sauvée. Sans elle, j’attendrais peut-être encore la prochaine crise. J’ai compris que le problème n’était pas moi, mais le contrôle, l’isolement et la peur. Ma reconstruction continue, et je suis libre.

Un mot de l’équipe

Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.