Contrôle coercitif · Escalade des violences et contrôle · 3 min de lecture

Après dix-huit ans de violences, j’ai fui

Mère de six enfants, elle raconte dix-huit ans de violences conjugales, l’agression qui a déclenché sa fuite et sa lente reconstruction.

AnonymePartagé avec soin · identité protégée
Dans ce récitRessentis évoqués : Le cœur lourdJe me reconstruis

Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.

Type de dynamique racontéeContrôle coercitifRepère de lecture · pas un diagnostic

Je me suis mariée à vingt-neuf ans et j’ai eu six enfants en dix ans. La première année semblait normale. Puis il m’a giflée. Amoureuse, je lui ai immédiatement trouvé des excuses : le stress, une erreur. Ce premier coup a pourtant ouvert dix-huit années de violences, d’insultes et de contrôle.

Les violences étaient aussi psychologiques, verbales et sexuelles. Son contact me dégoûtait et j’éprouvais le besoin de me laver. Il me faisait croire que la honte m’appartenait. Je ne pouvais pas sortir seule. Même lorsque je sortais avec les enfants, il m’accusait de me prostituer et guettait mon retour.

Je me sentais anesthésiée, comme si je n’existais plus. Il m’a fallu réapprendre à être une personne à part entière.

Les soirées étaient les plus dangereuses. Je nourrissais et couchais les enfants aussi vite que possible avant qu’il rentre. S’il tardait, je priais pour qu’il ne revienne pas en colère. Sa consommation d’alcool a augmenté progressivement, jusqu’à devenir constante pendant les huit dernières années.

Je suis restée parce que j’espérais sauver ma famille. Après chaque agression, il retournait les faits jusqu’à me convaincre que j’avais provoqué sa violence. Avec six enfants et sans emploi, j’avais peur de partir. Où irions-nous ? Comment vivrions-nous ? Je craignais aussi de bouleverser leur scolarité et leurs amitiés.

Après la première gifle, il n’a montré ni honte ni remords. Il agissait comme si rien ne s’était passé, comme si j’avais imaginé la scène. Je n’en parlais ni à mes amis ni à ma famille. J’avais honte de subir des violences et j’y voyais mon propre échec.

En 2007, après une nouvelle agression, j’ai quitté la maison en courant. Il m’a poursuivie en voiture, attrapée par les cheveux et a tenté de m’étrangler. Mes cris ont alerté un voisin qui m’a aidée. J’ai porté plainte. Condamné avec sursis et à une obligation de soins, il a promis de se soigner. Je l’ai laissé revenir, espérant encore un changement.

Le calme a duré un peu plus d’un an. En 2009, après un restaurant puis une sortie dans un bar, il était extrêmement ivre et m’insultait. J’avais gardé les clés de la voiture. Lorsqu’il est allé aux toilettes, je suis rentrée seule, en sachant que son retour serait dangereux.

Il est arrivé en taxi et a défoncé la porte. Il m’a frappée, humiliée et couverte d’huile en essayant de me brûler. Il a posé un couteau près du lavabo et menacé de me blesser. Dans leur chambre, les enfants hurlaient et pleuraient.

Ma fille aînée a demandé aux autres de compter jusqu’à trois puis de crier ensemble pour attirer son attention. J’ai profité de cet instant pour fuir par le jardin et traverser un champ. Les voitures ne s’arrêtaient pas malgré mon visage ensanglanté. J’ai finalement trouvé des agents d’entretien près d’une bretelle d’autoroute et leur ai demandé d’appeler la police.

J’avais le nez cassé et les deux yeux tuméfiés. Les enfants m’ont vue revenir dans cet état. Il a été condamné à douze mois de prison et en a effectué six. Il est désormais sorti.

Je n’ai plus peur comme avant, mais la reconstruction a été longue. Je me sentais vide, anesthésiée, privée d’existence. Il avait dicté ma vie, mes pensées et mes gestes. J’ai dû réapprendre que j’étais une personne et que ses actes n’étaient pas de ma responsabilité.

Je suis fière de la personne que je suis devenue. Je n’ai plus honte de ce que j’ai subi. J’aurais aimé savoir dès la première gifle que je n’étais pas obligée de rester. Je veux que mes filles voient une mère qui a survécu et retrouvé sa voix. Pour moi, sortir du silence a été le début d’une autre vie.

Une part de moi espère encore qu’il reconnaîtra un jour sa violence. Mais ma liberté compte davantage que cette reconnaissance. Je ne suis plus seulement la femme qui avait peur de partir : je suis celle qui a couru, crié et survécu.

Un mot de l’équipe

Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.