Dynamique familiale toxique · Emprise / violence narcissique · 3 min de lecture

Quand sa violence a réveillé mon enfance

Après une enfance marquée par les violences familiales, une femme quitte un partenaire violent et retrouve peu à peu confiance grâce aux voyages et à l’écriture.

AnonymePartagé avec soin · identité protégée
Dans ce récitRessentis évoqués : Le cœur lourdJe me reconstruis

Ces ressentis sont des repères de lecture. Ils peuvent se croiser, évoluer et ne pas ressembler exactement aux vôtres.

Type de dynamique racontéeDynamique familiale toxiqueRepère de lecture · pas un diagnostic

Pendant des années, j’ai caché un couteau suisse dans ma chaussette. Mon frère faisait de même. Nous ne cherchions pas à blesser quelqu’un : nous étions des enfants qui tentaient de se protéger dans une maison dominée par la violence.

Vers dix ou douze ans, j’ai commencé à comprendre ce que nous subissions. La peur était déjà permanente. Je protégeais mon petit frère comme je pouvais. Nous inventions des prétextes pour nous rendre aux rendez-vous des services sociaux et apprenions à dissimuler notre adresse. L’intervention de la police semblait le seul moyen d’interrompre les violences.

Lorsqu’il m’a étranglée en me comparant à ma mère, j’ai compris que je devais quitter cette relation.

À quatorze ou quinze ans, j’ai osé dire à mon beau-père de se taire. C’était une première résistance au silence familial. Pourtant, les violences continuaient. Ma sœur a quitté la maison à dix-huit ans. Après un passage à l’hôpital et l’intervention de la police, nous avons séjourné dans un hébergement pour victimes, sans nous sentir totalement à l’abri.

Mon père m’avait envoyé une vidéo où il s’exerçait au tir. Depuis mes douze ou treize ans, je lui rendais visite en prison, je l’embrassais et lui écrivais, incapable de concilier ses actes avec mon lien à lui. Le 31 juillet 2018, il a tué ma mère puis s’est suicidé. Mon frère et moi avons été placés pendant un an et demi. Mon monde s’est effondré.

Même après leur mort, le traumatisme me suivait. J’ai créé une entreprise et voyagé seule, notamment au Laos, pour retrouver mon estime de moi. Mais chaque moment de joie faisait surgir de la culpabilité, comme si je n’y avais pas droit. Les blessures restaient invisibles.

J’ai ensuite rencontré un partenaire auprès de qui je me sentais à nouveau diminuée. J’ai sombré dans une dépression profonde. Un jour, il m’a étranglée en me disant que je ressemblais à ma mère. Cette comparaison a provoqué une colère immense et m’a fait voir le contrôle que je subissais.

Cette agression a déclenché mon départ. Je ne pouvais pas rester dans cette relation. Retrouver confiance en moi a demandé du temps. J’ai commencé à écrire un livre sur ma vie ; mettre des mots sur mon histoire a amorcé ma reconstruction.

Je vis désormais chez la meilleure amie de ma mère. Avec mon frère et ma sœur, nous cherchons de nouveaux repères. Après avoir travaillé sur mon estime de moi, j’ai rencontré un partenaire respectueux. L’anxiété et les souvenirs de l’enfance restent présents, comme une petite fille en moi qui attend encore d’être entendue.

J’ai décidé de ne plus masquer ma vulnérabilité. Je voudrais aider d’autres personnes à reconnaître leur souffrance. Je pense que ma mère aurait souhaité me voir construire une famille. Sa force m’accompagne. J’apprends à me faire confiance et à ne plus dissocier la violence d’un parent de ses conséquences sur les enfants.

Un mot de l’équipe

Ce témoignage raconte un vécu personnel. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de conclure que toutes les situations similaires ont la même signification.